Olivier Bérubé-Sasseville, historien québécois spécialiste de l’extrême droite et du populisme, des mouvements contre-culturels et des marges politiques et sociales, et moi-même venons de publier un article dans le numéro 1 du volume 33 de la revue canadienne Bulletin d’histoire politique, numéro consacré aux liens entre musique et politique. Nous avons choisi d’explorer ceux entretenus de loin ou de près dans le supporterisme et le hooliganisme du défunt Kop de Boulogne du Parc des princes parisien.
En France, sous l’effet de l’influence des cultures de jeunesse britanniques, un supportérisme passionné d’un nouveau genre se développe en 1978 au sein de la tribune Boulogne, réservée aux jeunes par la direction du jeune club Paris Saint-Germain, en recherche de public et de crédibilité. Pour faire comme en Angleterre, les plus assidus et survoltés appellent leur pré-carré le Kop de Boulogne, un espace dans lequel le soutien à l’équipe se manifeste de manière exacerbée. Dès le début des années 1980, différentes tribus urbaines, dont les skinheads, sont présentes. Mais, à partir de 1982, à la faveur d’une affluence particulière des cranes rasés, une certaine hégémonie, non pas de la tribune mais parmi ces tribus, s’impose. Toujours par mimétisme par rapport au Royaume uni, l’expression d’une certaine violence et d’une expression d’extrême droite radicale deviennent voyantes. Mouvance avant tout motivée par la musique, les codes vestimentaires et la notion de bande, la bande sonore des skinheads est grandement constituée d’abord par la Oi! puis par le RAC pour Rock Against Communism (rock contre le communisme).
Des comportements différents s’observent. Certains viennent pour le football et l’ambiance électrique, d’autres entendent donner une couleur nationaliste à la tribune à une époque où le Front national commence son offensive médiatique et électorale et influent sur l’évolution générale de la tribune. D’autres encore viennent surtout en quête d’une vitrine et d’un outil de communication pour politiser et recruter des jeunes motivés.
Cet article tente de décrire les différentes dynamiques à l’œuvre dans l’espace du Kop de Boulogne sans les caricaturer. Il s’appuie sur de nombreux entretiens et des archives d’origines diverses, aussi bien du milieu skinhead quedes médias professionnels et des archives de police.






